Nés Quelque Part: une immersion durable

     Avez-vous déjà fait le rêve de vous retrouver ailleurs ? Le rêve où vous vous retrouvez un peu paumé au beau milieu de nulle part, dans une tribu en Afrique par exemple. J’ai fait ce rêve. Et aujourd’hui je vous embarque dans mon sommeil.

     Je me suis donc retrouvée dans la peau d’un Pygmée au Cameroun. J’avais pris part à la vie d’une réelle tribu africaine. C’était bizarre au début puis j’ai vite pris mes marques. C’est devenu vraiment cool, il y avait plein de gars sympa. Mais pas loin, il y avait aussi d’autres tribu bantous. On avait un peu de mal à s’entendre au début à cause d’une histoire de partage de forêt. Mais il s’avère que cela s’est bien passé. C’était vraiment incroyable. On a chassé des mygales du campement et on a aussi bouffé des chenilles. Tout le groupe en raffole. Puis ça s’est un peu corsé, notamment avec Victor, le forestier, car on a du trouver un accord afin qu’on ne touche pas à nos arbres sacrés et qu’on puisse vivre tranquillement avec les éléphants pas loin. Au final, l’association « Cœur de Forêt » nous a aidé en s’engageant à planter des centaines de moabis, des arbres sacrés. C’est important au Cameroun la question de l’environnement. Les copains m’ont dit qu’il voyait d’énormes parties de leur forêt se faire raser chaque année, et plein d’éléphants meurent à cause du braconnage. J’en ai d’ailleurs vu quelques uns…

     C’est à ce moment là que je me suis réveillée. Incroyable ! Je me suis réveillée dans un lieu tout autre: j’étais à la Sucrière, à Lyon. Et c’est dans le hall de ce lieu incontournable de la culture lyonnaise que je terminai mon périple camerounais.

     Dimanche se déroulait la dernière de Nés Quelque Part, un concept étonnant qu’on a du mal à catégoriser, entre exposition, pièce de théâtre et visite guidée. Vous l’aurez sans doute compris, avec Nés Quelque Part, on prend part à un réel jeu de rôle orienté sur les questions du développement.

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Source: nesquelquepart.fr

     Le concept a eu tellement de succès que l’équipe a du prévoir une prolongation. Je vous parle donc de ceci après m’y être rendue le dernier jour de la prolongation. Ironique n’est-ce pas ? Ainsi soit-il, je ne pouvais pas ne pas vanter les mérites d’une telle prestation. En effet, l’Agence française de Développement et Ars Anima ont frappé un grand coup. Afin de sensibiliser le public sur la question du développement durable, ils nous proposent un itinéraire dans quelques pays comme le Cameroun, la Polynésie ou encore le Maroc, où se mêlent enjeux sociaux et environnementaux. La mise en scène est tout bonnement incroyable. Les différents pays semblent alors réunis dans un seul et même village, sous forme de petites pièces. Vous êtes alors invité à vous mettre dans la peau d’un personnage. Vous n’avez pas le choix de ce dernier et c’est d’ailleurs cela qui rend l’immersion intéressante car vous mettez le nez là où vous ne l’auriez jamais mis auparavant. Les comédiens, grâce à leur talent d’improvisation, vous donnent en quelque sorte la réplique, vous invitent au voyage. On se sent tout d’abord timide puis tout cela prend la forme d’un jeu, comme à notre plus jeune âge. On se met rapidement à suivre le chef et à regarder le singe imaginaire planqué là-haut dans l’arbre.

     Ainsi, c’est à travers le ludique interactif et l’immersion que l’équipe parvient à toucher le public. Il est donc question ici du développement durable. Le jeu sonne comme une alerte, mais une alerte positive. Enfin ! A bas les « bientôt la fin du monde », « si nous consommons tant nous serons morts dans tant d’années »… Ici, on nous donne l’envie de résoudre l’énigme, on nous donne les outils pour le faire et avant tout, on dédramatise. Je ne dis pas que rien n’est grave, mais qu’enfin l’on nous apporte des pistes de réflexions à des solutions pour le réchauffement climatique. Et cela sonne délicieusement juste. L’heure est donc à la collaboration et à l’entraide. C’est d’ailleurs la dernière image qui nous reste en tête en ayant fini: quand chaque personnage de chaque pays se rencontrent et échangent. La coopération apparaît comme nécessaire pour parvenir à apprivoiser les enjeux du développement.

     Je tiens donc à saluer ce merveilleux concept plein de sens, de conviction et d’enthousiasme. Les porteurs du projet semblent y avoir mis beaucoup de cœur et cela se ressent. Dès le début de l’exposition, on se sent à l’aise et il n’y a de place que pour la bonne humeur malgré les états écologiques désastreux qu’on nous présentera par la suite. Je salue également le jeu des comédiens, plus vrais que nature, très drôles et qui nous tiennent en haleine du début à la fin. Un immense merci et un grand bravo pour ce super concept original qui donne envie d’y croire. Un coup de maître !

Clara

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Encore une sale journée pour l’humanité

          Il est de ces matins où l’on se lève le cœur lourd. Ces matins, on commencerait presque à bien les connaître tant ils sont nombreux. Ce matin, sur le chemin de la fac, jettant un œil sur mes réseaux sociaux et autres applications, j’ai encore vu l’horreur qui grignote notre planète, à savoir les deux attentats frappant l’aéroport et le métro du Bruxelles. S’ajoutant à cela un message d’évacuation du métro lyonnais pour « incident technique », tout était un peu flou ce 22 mars au matin. Dur réveil.

          Ma belle Bruxelles, pourquoi t’être retrouvée sur la liste de ces belles villes visées par l’ignominie et la haine ? Toi, belle capitale européenne, reine de l’Union et du partage, qu’as-tu fait pour mériter tant de violence ? Rien. Pas plus que ta voisine Paris ou la douce Istanbul. On t’a poignardé au cœur en guise d’injuste attaque à ta joie de vivre. Soit. Ne justifions pas l’injustifiable. L’Etat islamique a encore frappé.

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Dessin de Plantu en Une du Monde du 23/03

Au-delà de Bruxelles, au-delà de l’Europe, c’est l’humanité qu’on touche ici encore une fois. J’ai assez peu de mots aujourd’hui pour parler de ce monde martyrisé. J’ai peur, je suis triste et j’ai la sombre impression que rien ne sera jamais plus pareil. Je vois les remarques venir dont celles que je me faisais moi-même auparavant du type: « On entend parler de Bruxelles, de Paris mais jamais des autres villes… » J’étais la première à le dire durant les attentats de Paris. Simplement, je comprend aujourd’hui que le ressenti est différent quand cela se déroule près de chez soi. La peur s’exacerbe et le « Ça aurait pu être nous » résonne un peu plus fort. Il n’est en aucun cas question de prioriser les événements et les villes mais il y a des endroits où l’on s’est déjà rendu, où des amis vivent, etc. On passe des coups de fil, on réagit un peu plus car ce sont les voisins et que cela fait tristement écho à notre histoire. Pour autant, il est inacceptable d’oublier les autres. Il y a Istanbul, Ankara, Bamako, le Nigeria, le Pakistan, la Tunisie… N’oublions personne. Soyons unis dans la douleur, et profitons des élans de solidarité engendrés par la terreur pour changer notre conception du monde. Notre société est toujours autant, si ce n’est plus, sujette aux montées de racisme, de xénophobie et de haine en général. Se sont créées des actions solidaires telles que « #PorteOuverte » à Bruxelles et Paris pour permettre à des individus de se mettre à l’abri chez un particulier durant les attaques. Pourquoi ne pas l’étendre au monde entier ? Pourquoi ne pas ouvrir les frontières aux réfugiés par exemple, qui vivent dans ce genre de conditions au quotidien ? Écoutons-nous et parlons-nous. Dans cette optique, il est nécessaire de combattre nos propres préjugés afin de ne pas laisser la peur nous pousser au communautarisme.

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Dessin de Joann Sfar

Je vois déjà les Le Pen et autres Ménard se frotter les mains en affirmant impunément qu’avec eux aux commandes rien de tout cela n’existerait. Comment peut-on vouloir se rendre crédible sur le dos de victimes ? Il n’y a rien de pire que la récupération et il semble malheureusement que ce soit le jeu favori de ces groupes d’extrême-droite. Ils nous parlent sécurité en voulant tout fermer notamment en supprimant les accords Schengen mais il n’y a que le repli sur soi qui pousse à ce point aux violences et conflits.

          Remettons par ailleurs en question nos gouvernements, nos représentants de tous bords. A quand la paix ? Car l’on pleure nos morts ici en Europe mais nous n’avons que faire des civils tués en Syrie et lorsque les rescapés frappent à la porte de l’Union européenne, les politiques font la sourde oreille et range l’humanisme qu’ils prônaient durant la manifestation du 11 Janvier 2015. Un « Je suis Charlie » à la carte.

           Gardons à l’esprit la paix et le vivre-ensemble qu’on aimait tant. Révoltons-nous face à ces guerres. De plus, ne tombons pas dans le piège. Ne nous adonnons pas aux dérives haineuses remplies d’amalgames. On est solidaires ! Je crois encore en un lendemain meilleur et je lutterai pour. Ensemble face à la terreur. Plein d’amour et de courage pour Bruxelles et le monde.

           Ce mardi 22 mars entre tragiquement dans l’histoire. Une date de plus sur la liste. J’ai le cœur lourd et la gueule de bois de demain s’annonce sévère.

Clara

Donnes-moi de la violence, je t’en fais de la paix

Qu’on se le dise d’entrée, je ne suis pas une grande habituée d’expositions et encore moins une incollable des mouvements artistiques. Mais peut-être que mon expérience s’annonce comme le déclenchement de mon ouverture au champ artistique, qui sait ? Néanmoins, lorsque j’ai su que l’artiste Yoko Ono exposait à Musée d’Art contemporain de Lyon, ma curiosité s’en est automatiquement trouvée attisée. Je ne m’étais jamais plongée dans l’univers de cette artiste que je connaissais majoritairement en tant que veuve de John Lennon. Il me fallait donc m’immiscer dans son monde, afin de découvrir ce qu’elle pouvait bien y cacher.

J’avais donc pris ma place pour l’exposition qui se déroulait au Musée d’Art contemporain de Lyon. Les habitués diront « MAC » ; c’était malheureusement pour moi ma première fois dans ce lieu emblématique. Je me suis décidée à y aller seule, telle l’Indien dans la ville, afin de prendre le temps que je voulais.

L’exposition Lumière de l’aube se déroule sur 3 étages. Dès l’entrée, les œuvres sont plutôt sombres, avec beaucoup de noir et blanc. Vous me direz « Lumière de l’aube… Ça sonne faux ». Et bien je crois que tout réside dans le contraste, tant dans ses œuvres que dans ce qu’elles symbolisent. A travers la violence, Yoko Ono nous prodigue la paix.

On ne sait vraiment cerner si l’on met le pied dans un univers lugubre et glauque ou bien joyeux et positif. Je crois qu’on y trouve un peu des deux. Dès le départ, on entre dans une grande pièce avec de nombreuses installations. J’ai beaucoup aimé, entre autres, l’espace dédié à de hautes portes blanches. L’installation offre la possibilité de se promener au milieu de celles-ci comme si l’on se promenait entre des choix de vie avec hésitation. On aimerait en ouvrir une comme l’on se saisirait d’une opportunité du quotidien. La visite continue et elle se déroule comme un voyage dans les méandres de notre société, si j’ose le terme bien vague. On voyage au cœur d’une société en mal de paix, criblée de problèmes et de douleur, et pourtant la finalité semble évidente et sublime : la paix et la priorité à l’humain. On s’avance dans une pièce et l’on trouve une rangée de bocaux remplis d’eau et étiquetés d’un nom de célébrité. Comme quoi, nous ne sommes que peu de choses, nous ne sommes que de l’eau. Un peu plus loin, on se retrouve perdu au beau milieu de casques de soldats suspendus remplis de pièces de puzzle. Un peu après, Yoko Ono fera écho à la guerre en Irak à l’aide de vidéos. Un autre élément qui m’a marqué, pour n’en citer qu’un, est l’espace dédié aux violences subies par les femmes pour avoir été femmes. Ces dernières sont invitées à faire part de leurs témoignages concernant les violences subies, lesquels seront imprimés puis affichés sur les murs, accolés à une projection murale saisissante. En somme, Yoko Ono nous plonge dans un sombre univers marqué de violences à tel point que cela puisse devenir dérangeant. Mais elle n’a pas dit son dernier mot et avec toute la dextérité dont elle dispose, elle nous livre un doux message: celui de paix et d’amour.

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De plus, Yoko Ono ne se suffit pas à exposer, elle invite le spectateur à prendre part à son œuvre. On peut tout autant grimper sur l’un des nombreux escabeaux pour prendre un peu de hauteur, que clouer une pièce entière des meubles aux murs, ou encore se rendre dans une pièce obscure dans laquelle toucher de sombres inconnus. J’aime l’idée que le spectateur puisse faire partie de l’exposition, puisse s’approprier certaines œuvres et participer. On s’invite alors à une petite partie d’échecs dans la première salle, ou encore l’on s’inscrit à un atelier le dimanche afin de recoller à l’aide de scotch de la vaisselle cassée comme si l’on réparait le monde.

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On trouve bien évidemment beaucoup d’œuvres en lien avec John Lennon. Des vidéos, de la musique mais aussi des tristes échos à son assassinat prennent une place importante dans Lumière de l’aube. Et cela s’ajuste parfaitement à l’ensemble de ses œuvres puisque transparaît la puissance d’un message pacifiste à chaque fois. Il est indéniable que les événements qu’elle a vécu ont marqué sa créativité. Et j’adore le fait qu’elle laisse transpirer sa personnalité dans tout ce qu’elle fait.

Alors pour la novice de l’art contemporain que j’étais, je suis ravie d’avoir commencé avec l’exposition Lumière de l’aube que propose Yoko Ono. En sortant, on pense n’avoir pas compris cette mystérieuse personne et pourtant on a la sensation de la connaître. De plus, le message en est si fort, et la palette des œuvres de l’artiste si riche.

Je vous invite alors grandement à vous rendre au Musée d’Art contemporain de Lyon. Vous avez jusqu’au 10 juillet ! Toutes les informations ici.

Clara