Couvrez cette âme que je ne saurais voir

     Il y a quelques jours, un jeune homme me tend un tract dans les rues de Lyon. J’y lis brièvement un « Libérez Calais » orné de bleu, de blanc et de rouge, mais avant tout imbibé d’égoïsme et de repli sur soi. Je termine ma promenade le cœur un peu lourd, avec un mal fou à comprendre comment la haine pouvait à ce point mener au rejet de l’autre et à son expulsion. L’expulsion : c’est le mot.

     Il est certain que traiter du sujet des réfugiés me mène sur une route épineuse et porte probablement le risque de perdre quelques lecteurs. Mais il y a des jours où l’on ne peut plus se taire. Et je n’ai pas envie de me taire, je n’y arrive même plus (comme souvent d’ailleurs). J’ai hésité longuement, me sentant incapable de rendre dignement compte d’une telle situation. Puis j’ai compris que c’était indispensable. Il est nécessaire de dénoncer une situation de moins en moins soutenable.

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Photo : « Hope for a New Life », Warren Richardson. 1er prix du concours World Press Photo.

     Les mois passent et le phénomène continue. On l’appelle « Crise des migrants » et en réalité, l’opinion publique range un peu ce qu’elle veut derrière ce grand nom qui fait froid dans le dos. Tout se mélange alors. Les médias nous assomment avec des photos coups de poing – il n’y a plus qu’elles pour faire réagir -, les amalgames vont bon train, les xénophobes se plaisent à cracher leur haine… On nous parle chômage, violence, insécurité… Les petits ménages craignent pour leurs vies bien rangées. Ils continueront pourtant d’aller se baigner dans la mer Méditerranée qui accueille dorénavant autant de cadavres que de touristes.

     Les mois passent et le phénomène s’amplifie. On nous abreuve des nouvelles du front, si j’ose la comparaison tristement adaptée. La Jungle de Calais est devenue champ de bataille. On multiplie les menaces d’expulsion, on arme le conflit. En somme, on annihile la vie. Et la justice frappe encore un grand coup. Ils ont finalement osé ! Ils ont décidé du démantèlement d’une partie de la Jungle, sans usage de la force, prétendant que ses habitants partiront d’eux-mêmes… Mais pour quoi de mieux ? Pour quelle suite ? Qu’est-il proposé ? Rien.

      Où est donc passé l’humanisme et l’esprit de partage dont la France se vantait tant ? Il faut croire qu’il faut être un bon français bien blanc pour avoir droit à un infime soutien. Vous me direz qu’il ne s’agit pas de la même chose. Et pourtant il ne s’agit que d’une différence de nationalité. L’humanisme n’a pas de couleur.

     Le gouvernement avait fait preuve d’une sacrée solidarité : de beaux containers ! Ah non… Ce sont des logements. Certains réfugiés s’y sentent bien, c’est certain, c’est mieux que leurs campements de fortune. C’est mieux que rien, n’est-ce pas ? Mais pendant combien de temps nous contenterons-nous de ce « mieux que rien » ? Les conditions de vie, comme rapportées, y sont terribles. On les enferme et on les enregistre comme du bétail. Je me demande où est passée la liberté. Quand pourront-ils enfin respirer après le long chemin pour quitter la misère ? Pendant combien de temps le gouvernement fera-t-il semblant de trouver des solutions ? Quand ces personnes auront-elles droit à une réelle considération en tant qu’humains ?

     Alors que cela fait trois jours que la justice a rejeté le recours des associations opposées à l’évacuation des réfugiés, je m’interroge plus que jamais sur l’humanisme de notre peuple et de ceux qui le gouvernent. Je me demande comment l’on peut prioriser un humain parmi d’autres. Quels sont les critères pour enfin être acceptable et accepté ? Pourquoi fermer les portes à une communauté qui n’a de cesse de vouloir s’intégrer ? Je pense également que tous les sceptiques quant à l’intégration des réfugiés n’imaginent pas à quel point le rejet, le mépris et la violence transforment un homme. Hobbes avait raison : « L’homme est un loup pour l’homme ». L’humain est son propre ennemi dans un monde prônant la réussite individuelle.

     Face à toutes ces horreurs et hypocrisies, il y a de belles initiatives qui subliment l’humain et mettent en avant l’âme de groupes et communautés si belles dont la richesse est ailleurs. Il y a ce sublime projet proposé par Meredith Hutchison. Cela s’appelle « Vision Not Victim ». Cette photographe interroge de jeunes réfugiées syriennes sur leur rêve. Sous forme de photographies, ces mêmes jeunes sont mises en scènes dans leur rêve : architecte, médecin, enseignante… C’est absolument touchant et sublime. Meredith Hutchison nous offre une magnifique perspective remplie d’espoir et de vie.

photo syrienne

Photo issue du projet « Vision Not Victim » de Meredith Hutchison.

     Espérant que la France et les pays d’Europe mettent en place le nécessaire pour offrir aux réfugiés la chance d’une nouvelle vie à travers une réelle insertion. On pense pourtant d’abord tristement à l’utopie. C’est pas gagné comme dirait l’autre. On se contente donc pour l’instant du nombrilisme fainéant du gouvernement mélangé à un nationalisme xénophobe surplombé d’Etat d’urgence. Vous m’excuserez, j’ai un peu la nausée.

Clara

L’amour 2.0 – Rencontre avec Rora Blue

     Nous sommes au lendemain d’une énième Saint-Valentin. Certains se réjouissent encore tandis que d’autres ont un peu la gueule de bois… En effet, entre célibat et difficulté d’oublier son ex, il n’est pas toujours facile de se sortir des méandres de l’amour.

     C’est ce à quoi s’est intéressée Rora Blue dans son très beau « Unsent Project ». Cette blogueuse californienne de 19 ans a lancé un appel afin que le plus grand nombre de personnes lui soumette ce qu’elles auraient souhaité écrire à leur premier amour puis la couleur que ce dernier leur évoque. Cela donne pour résultat de très belles compositions colorées avec des messages très doux bien que douloureux et remplis d’humour.

« D’une certaine façon, je vois le texto comme la lettre d’amour moderne. » – Rora Blue

     C’est en flânant sur Instagram que je suis tombée sur les posts de la jolie Rora Blue. J’ai immédiatement trouvé cela superbe. Elle nous offre un projet artistique fascinant, rempli d’émotions et de sentiments, qui reflète une réalité à laquelle nous avons, pour la majorité, déjà été confronté: le grand premier amour ! On se retrouve alors face à un raz de marée d’amour, qui fait du bien, et qui nous conforte dans l’idée que nous ne sommes pas seuls dans la souffrance et le manque. Le projet « Unsent Project » a rencontré un franc succès puisque de très nombreux messages ont été envoyés. Cela représente alors une belle alternative pour exprimer ses sentiments enfouis. On se soulage, on dit les non-dits et cela prend rapidement la forme d’un très beau patchwork. Rora, dans sa superbe créativité, parvient à sublimer la douleur, la nostalgie et ce qui ressort au final: c’est la puissance de l’amour. C’est une belle réponse à tous les sceptiques de l’amour et les timides de la déclaration. En feuilletant son Tumblr, on se prend rapidement à rêver d’amour, puis à tout ce qu’on aurait aimé dire à notre bien-aimé(e).

Rora blue collage favori

Collage par Rora Blue sur son compte Instagram : @rorablue

rora blue lockcode

Source: Instagram : @rorablue

  Finalement, ce projet pousse la réflexion un peu plus loin et interroge le romantisme actuel. Qu’en est-il de ce dernier dans une époque où Tinder règne en maître ?  Existe-t-il encore ? Quelles tournures ont pris les liaisons amoureuses aujourd’hui ?

     Pour en savoir un peu plus, je suis donc allée poser quelques questions à la charmante et agréable Rora Blue :

Clara : Salut Rora ! Tout d’abord, peux-tu te présenter rapidement ?

portrait rora blue

Source: Instagram: @rorablue

Rora : Salut, je m’appelle Rora Blue et je suis une artiste et blogueuse de 19 ans. Je vis en Californie. Je vais au lycée [correspond à une école de deux ans après le lycée (secondaire) en France] pour bientôt aller à l’Université. Je passe le plus clair de mon temps à faire des choses créatives, que ce soit de l’art, de la musique, de la mode, de l’écriture, etc. J’essaye vraiment de faire en sorte que chaque jour compte et d’apprécier les petites choses de la vie.

Clara : Qu’est-ce qui était à la base de ton projet ? Qu’est-ce qui t’as fait pensé à ton projet « Unsent Project » ?

Rora : « Unsent Project » est une collection de textos aux premiers amours. Je permet aux gens de soumettre ces textos sur mon blog. Et je leur demande à quelle couleur ils pensent quand ils pensent à leur premier amour. Je transforme ces textos et idées en collages colorés et aussi en autocollants. L’idée principale du projet était de se connecter aux autres. J’étais aussi intéressée par le fait de découvrir dans quelle couleur les gens voyaient l’amour.

Clara : Y a-t-il un projet ou un artiste qui t’inspire ? Quelle serait ta référence ?

Rora : Je suis très inspirée par le projet « Post Secret » de Frank Warren [Frank Warren propose aux gens de lui envoyer des cartes postales avec leur secret personnel. Il les poste ensuite anonymement sur son blog.] mais aussi par le mur « Before I Die » de Candy Chang [Candy Chang a peint les murs d’une maison abandonnée avec de la peinture-ardoise afin que les personnes puissent venir écrire ce qu’ils souhaitent vivre ou faire avant de mourir.]. J’aime le fait qu’ils interagissent avec beaucoup de gens et permettent au public de faire partie du processus artistique.

Clara : Que penses-tu de notre conception actuelle du romantisme ? Penses-tu que « Unsent Project » pourrait en être le reflet ?

Rora : Définitivement, je pense que l’idée de romantisme évolue. D’une certaine façon, je vois le texto comme la lettre d’amour moderne. Je pense tout à fait que « Unsent Project » est un reflet du romantisme actuel.

Clara: Enfin, y a-t-il un message que tu veux propager ?

Rora: Il y a tant de messages que j’aimerai passer. En fin de compte, je souhaite propager le positivité et encourager les autres à créer.

      Je remercie Rora pour m’avoir accordé de son temps et avoir répondu si pertinemment à mes questions.

      Ce projet offre donc la possibilité à qui le veut d’exprimer son amour non-dit mais offre aussi au spectateur une grande bouffée d’humanisme. Il se retrouve au cœur d’une intimité, entre messages d’amour et de manque, que Rora embellit avec de jolis tons. Vous pouvez par ailleurs vous procurez ses créations sur ce site. Il ne peut être plus simple et commun que le sentiment amoureux et je crois que c’est cela qui rend ce projet si intriguant et agréable à contempler. C’est libérateur, doux et beau et ça nous fait du bien !

                                                                                                                                                                Clara

Premiers pas

Bonjour et bienvenue dans mon univers !

Me voilà au commencement d’une aventure qui me tient à cœur depuis longtemps. Aventure que j’aimerai partager avec les plus nombreux d’entre vous qui j’espère prendront plaisir à me lire.

Tout naît d’une passion, la seule qui me suit depuis toujours : l’écriture. Ainsi, à l’ère du numérique, il me fallait passer par l’étape incontournable du blog. Il me fallait écrire afin d’exprimer mon amour pour les mots et le langage. Mais plus encore, il y a en moi cette envie de réagir, de donner mon avis.

Je m’appelle Clara. Je suis une jeune lyonnaise, étudiante en science politique. Je suis également sportive et passionnée de voyages. C’est sans prétention aucune que je vous livrerai ma vision du monde au détour de coups de cœur ou encore de coups de gueule, de critiques mais aussi de découvertes mais avant tout avec immense curiosité. Je ne me fixe pour l’instant pas de ligne éditoriale et c’est peut-être ici que réside l’écueil de mon blog. Actualités, culture, société et découvertes feront office d’axes essentiels à mes recherches et écrits. Tout cela avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision, et sans langue de bois !

Bonne visite !

Clara