Intemporel éphémère: les tatouages temporaires de Bernard Forever

On le taxait autrefois de gothique, d’un peu rockeur ou encore de beauf. Le tatouage est aujourd’hui sur toutes les peaux. On l’arbore dans tous ses modèles, ses tailles et même à peu près partout sur le corps, sans même plus craindre le regard d’autrui. Banalisons alors le tatouage à l’heure où même les forces de l’ordre s’en voient autorisé le port. Mais malgré une démocratisation de l’encre indélébile, subsistent encore quelques timides et indécis. Pas toujours évident de porter fièrement un « Hard 2 Kill » ou une déclaration d’amour à votre bien-aimé(e). Mais ne vous inquiétez pas, on a pensé à vous.

Que diriez-vous d’une période d’essai ? Laissez-vous la liberté de vous lasser du définitif. Ici on a le droit à l’erreur, on laisse place à ses envies et on change d’avis du jour au lendemain. Et pour ce faire, on se fie au tatouage temporaire ! L’outil imparable pour les aficionados du tattoo. Bien sûr, on le connait sous sa forme malabaresque ou encore doré (très sympa sur peau hâlée). Mais aujourd’hui, je vous parle du vrai de vrai. Celui qui vous donnera l’air d’un dur à cuire. De quoi en séduire plus d’un(e)…

Le tatouage, ça fait toujours un peu peur. On est vite réticent à l’idée d’avoir pour la vie sur le bras un « Yolo » ou une petite fée (liste non-exhaustive). Bernard Forever a la solution pour vous ! Ce mystérieux « tatoueur temporaire de père en fils depuis 2012 », comme présenté sur Instagram et son site internet, s’avérera être finalement une équipe de trois personnes travaillant en agence de communication à l’humour ravageur (il suffit de jeter un œil à leur site). Via leur e-commerce, ils vous proposent de nombreuses planches d’une dizaine de tatouages temporaires. Il y en a pour tous les goûts et pour un prix n’excédant pas cinq euros. De quoi se donner un certain style le temps d’un week-end et retourner au travail tranquille.

Au détour de nombreuses collections, aussi esthétiques qu’originales, j’ai particulièrement flashé sur les dernières nouveautés. Deux très belles collaborations qui ont vu le jour récemment.

Premièrement, l’équipe de Bernard Forever a fait appel à Inès Longevial, artiste peintre. La planche porte l’appellation Tattoo c’que j’aime et le porte bien, au travers de dessins corporels poétiques qui font écho à l’amour. Entre œils amoureux et jeux de jambes, elle nous offre une sensualité enivrante. Puis, le dessinateur, peintre et tatoueur Jean André entre en piste avec sa planche La violence et l’amour. Mêlant poignard et motifs en cœur, il invite celui qui le porte à l’ambivalence mais aussi à un poil d’audace. Tout en provocation et en douceur, on plonge dans les abysses d’univers poétiques.

tattoo-cque-jaime

Tattoo c’que j’aime, Inès Longevial. Source: bernardforever.fr

En somme, ce sont des dessins très pétillants et épurés, empreints du trait de crayon de chaque artiste. J’adore ce style aux lignes fines qui change la tendance tatouesque générale. Et ça fait du bien, car cela se fait rare. Ici, pas une once d’ombre ni de dégradé, pas de couleur non plus (vous en trouverez sur d’autres planches). Vous l’aurez sans doute compris, on laisse place à l’intemporel. Rien de plus chic et moderne selon moi.

la-violence-et-lamour

La violence et l’amour, Jean André. Source: bernardforever.fr

On aime également la communication joyeuse de Bernard Forever. L’équipe offre un tatouage élan pour toute commande jusqu’au 3o juin. Un super clin d’œil à François l’embrouille. Bernard ne manque donc pas d’humour et encore moins de goût ! La présentation est conforme. Je vous laisse, j’ai une commande à passer.

Clara

Publicités

Nés Quelque Part: une immersion durable

     Avez-vous déjà fait le rêve de vous retrouver ailleurs ? Le rêve où vous vous retrouvez un peu paumé au beau milieu de nulle part, dans une tribu en Afrique par exemple. J’ai fait ce rêve. Et aujourd’hui je vous embarque dans mon sommeil.

     Je me suis donc retrouvée dans la peau d’un Pygmée au Cameroun. J’avais pris part à la vie d’une réelle tribu africaine. C’était bizarre au début puis j’ai vite pris mes marques. C’est devenu vraiment cool, il y avait plein de gars sympa. Mais pas loin, il y avait aussi d’autres tribu bantous. On avait un peu de mal à s’entendre au début à cause d’une histoire de partage de forêt. Mais il s’avère que cela s’est bien passé. C’était vraiment incroyable. On a chassé des mygales du campement et on a aussi bouffé des chenilles. Tout le groupe en raffole. Puis ça s’est un peu corsé, notamment avec Victor, le forestier, car on a du trouver un accord afin qu’on ne touche pas à nos arbres sacrés et qu’on puisse vivre tranquillement avec les éléphants pas loin. Au final, l’association « Cœur de Forêt » nous a aidé en s’engageant à planter des centaines de moabis, des arbres sacrés. C’est important au Cameroun la question de l’environnement. Les copains m’ont dit qu’il voyait d’énormes parties de leur forêt se faire raser chaque année, et plein d’éléphants meurent à cause du braconnage. J’en ai d’ailleurs vu quelques uns…

     C’est à ce moment là que je me suis réveillée. Incroyable ! Je me suis réveillée dans un lieu tout autre: j’étais à la Sucrière, à Lyon. Et c’est dans le hall de ce lieu incontournable de la culture lyonnaise que je terminai mon périple camerounais.

     Dimanche se déroulait la dernière de Nés Quelque Part, un concept étonnant qu’on a du mal à catégoriser, entre exposition, pièce de théâtre et visite guidée. Vous l’aurez sans doute compris, avec Nés Quelque Part, on prend part à un réel jeu de rôle orienté sur les questions du développement.

sarong_10x15-205x300

Source: nesquelquepart.fr

     Le concept a eu tellement de succès que l’équipe a du prévoir une prolongation. Je vous parle donc de ceci après m’y être rendue le dernier jour de la prolongation. Ironique n’est-ce pas ? Ainsi soit-il, je ne pouvais pas ne pas vanter les mérites d’une telle prestation. En effet, l’Agence française de Développement et Ars Anima ont frappé un grand coup. Afin de sensibiliser le public sur la question du développement durable, ils nous proposent un itinéraire dans quelques pays comme le Cameroun, la Polynésie ou encore le Maroc, où se mêlent enjeux sociaux et environnementaux. La mise en scène est tout bonnement incroyable. Les différents pays semblent alors réunis dans un seul et même village, sous forme de petites pièces. Vous êtes alors invité à vous mettre dans la peau d’un personnage. Vous n’avez pas le choix de ce dernier et c’est d’ailleurs cela qui rend l’immersion intéressante car vous mettez le nez là où vous ne l’auriez jamais mis auparavant. Les comédiens, grâce à leur talent d’improvisation, vous donnent en quelque sorte la réplique, vous invitent au voyage. On se sent tout d’abord timide puis tout cela prend la forme d’un jeu, comme à notre plus jeune âge. On se met rapidement à suivre le chef et à regarder le singe imaginaire planqué là-haut dans l’arbre.

     Ainsi, c’est à travers le ludique interactif et l’immersion que l’équipe parvient à toucher le public. Il est donc question ici du développement durable. Le jeu sonne comme une alerte, mais une alerte positive. Enfin ! A bas les « bientôt la fin du monde », « si nous consommons tant nous serons morts dans tant d’années »… Ici, on nous donne l’envie de résoudre l’énigme, on nous donne les outils pour le faire et avant tout, on dédramatise. Je ne dis pas que rien n’est grave, mais qu’enfin l’on nous apporte des pistes de réflexions à des solutions pour le réchauffement climatique. Et cela sonne délicieusement juste. L’heure est donc à la collaboration et à l’entraide. C’est d’ailleurs la dernière image qui nous reste en tête en ayant fini: quand chaque personnage de chaque pays se rencontrent et échangent. La coopération apparaît comme nécessaire pour parvenir à apprivoiser les enjeux du développement.

     Je tiens donc à saluer ce merveilleux concept plein de sens, de conviction et d’enthousiasme. Les porteurs du projet semblent y avoir mis beaucoup de cœur et cela se ressent. Dès le début de l’exposition, on se sent à l’aise et il n’y a de place que pour la bonne humeur malgré les états écologiques désastreux qu’on nous présentera par la suite. Je salue également le jeu des comédiens, plus vrais que nature, très drôles et qui nous tiennent en haleine du début à la fin. Un immense merci et un grand bravo pour ce super concept original qui donne envie d’y croire. Un coup de maître !

Clara

Encore une sale journée pour l’humanité

          Il est de ces matins où l’on se lève le cœur lourd. Ces matins, on commencerait presque à bien les connaître tant ils sont nombreux. Ce matin, sur le chemin de la fac, jettant un œil sur mes réseaux sociaux et autres applications, j’ai encore vu l’horreur qui grignote notre planète, à savoir les deux attentats frappant l’aéroport et le métro du Bruxelles. S’ajoutant à cela un message d’évacuation du métro lyonnais pour « incident technique », tout était un peu flou ce 22 mars au matin. Dur réveil.

          Ma belle Bruxelles, pourquoi t’être retrouvée sur la liste de ces belles villes visées par l’ignominie et la haine ? Toi, belle capitale européenne, reine de l’Union et du partage, qu’as-tu fait pour mériter tant de violence ? Rien. Pas plus que ta voisine Paris ou la douce Istanbul. On t’a poignardé au cœur en guise d’injuste attaque à ta joie de vivre. Soit. Ne justifions pas l’injustifiable. L’Etat islamique a encore frappé.

10628091_10154152076712590_5648357639950187177_n

Dessin de Plantu en Une du Monde du 23/03

Au-delà de Bruxelles, au-delà de l’Europe, c’est l’humanité qu’on touche ici encore une fois. J’ai assez peu de mots aujourd’hui pour parler de ce monde martyrisé. J’ai peur, je suis triste et j’ai la sombre impression que rien ne sera jamais plus pareil. Je vois les remarques venir dont celles que je me faisais moi-même auparavant du type: « On entend parler de Bruxelles, de Paris mais jamais des autres villes… » J’étais la première à le dire durant les attentats de Paris. Simplement, je comprend aujourd’hui que le ressenti est différent quand cela se déroule près de chez soi. La peur s’exacerbe et le « Ça aurait pu être nous » résonne un peu plus fort. Il n’est en aucun cas question de prioriser les événements et les villes mais il y a des endroits où l’on s’est déjà rendu, où des amis vivent, etc. On passe des coups de fil, on réagit un peu plus car ce sont les voisins et que cela fait tristement écho à notre histoire. Pour autant, il est inacceptable d’oublier les autres. Il y a Istanbul, Ankara, Bamako, le Nigeria, le Pakistan, la Tunisie… N’oublions personne. Soyons unis dans la douleur, et profitons des élans de solidarité engendrés par la terreur pour changer notre conception du monde. Notre société est toujours autant, si ce n’est plus, sujette aux montées de racisme, de xénophobie et de haine en général. Se sont créées des actions solidaires telles que « #PorteOuverte » à Bruxelles et Paris pour permettre à des individus de se mettre à l’abri chez un particulier durant les attaques. Pourquoi ne pas l’étendre au monde entier ? Pourquoi ne pas ouvrir les frontières aux réfugiés par exemple, qui vivent dans ce genre de conditions au quotidien ? Écoutons-nous et parlons-nous. Dans cette optique, il est nécessaire de combattre nos propres préjugés afin de ne pas laisser la peur nous pousser au communautarisme.

12523855_10154152082437590_1146676068822261927_n

Dessin de Joann Sfar

Je vois déjà les Le Pen et autres Ménard se frotter les mains en affirmant impunément qu’avec eux aux commandes rien de tout cela n’existerait. Comment peut-on vouloir se rendre crédible sur le dos de victimes ? Il n’y a rien de pire que la récupération et il semble malheureusement que ce soit le jeu favori de ces groupes d’extrême-droite. Ils nous parlent sécurité en voulant tout fermer notamment en supprimant les accords Schengen mais il n’y a que le repli sur soi qui pousse à ce point aux violences et conflits.

          Remettons par ailleurs en question nos gouvernements, nos représentants de tous bords. A quand la paix ? Car l’on pleure nos morts ici en Europe mais nous n’avons que faire des civils tués en Syrie et lorsque les rescapés frappent à la porte de l’Union européenne, les politiques font la sourde oreille et range l’humanisme qu’ils prônaient durant la manifestation du 11 Janvier 2015. Un « Je suis Charlie » à la carte.

           Gardons à l’esprit la paix et le vivre-ensemble qu’on aimait tant. Révoltons-nous face à ces guerres. De plus, ne tombons pas dans le piège. Ne nous adonnons pas aux dérives haineuses remplies d’amalgames. On est solidaires ! Je crois encore en un lendemain meilleur et je lutterai pour. Ensemble face à la terreur. Plein d’amour et de courage pour Bruxelles et le monde.

           Ce mardi 22 mars entre tragiquement dans l’histoire. Une date de plus sur la liste. J’ai le cœur lourd et la gueule de bois de demain s’annonce sévère.

Clara

Donnes-moi de la violence, je t’en fais de la paix

Qu’on se le dise d’entrée, je ne suis pas une grande habituée d’expositions et encore moins une incollable des mouvements artistiques. Mais peut-être que mon expérience s’annonce comme le déclenchement de mon ouverture au champ artistique, qui sait ? Néanmoins, lorsque j’ai su que l’artiste Yoko Ono exposait à Musée d’Art contemporain de Lyon, ma curiosité s’en est automatiquement trouvée attisée. Je ne m’étais jamais plongée dans l’univers de cette artiste que je connaissais majoritairement en tant que veuve de John Lennon. Il me fallait donc m’immiscer dans son monde, afin de découvrir ce qu’elle pouvait bien y cacher.

J’avais donc pris ma place pour l’exposition qui se déroulait au Musée d’Art contemporain de Lyon. Les habitués diront « MAC » ; c’était malheureusement pour moi ma première fois dans ce lieu emblématique. Je me suis décidée à y aller seule, telle l’Indien dans la ville, afin de prendre le temps que je voulais.

L’exposition Lumière de l’aube se déroule sur 3 étages. Dès l’entrée, les œuvres sont plutôt sombres, avec beaucoup de noir et blanc. Vous me direz « Lumière de l’aube… Ça sonne faux ». Et bien je crois que tout réside dans le contraste, tant dans ses œuvres que dans ce qu’elles symbolisent. A travers la violence, Yoko Ono nous prodigue la paix.

On ne sait vraiment cerner si l’on met le pied dans un univers lugubre et glauque ou bien joyeux et positif. Je crois qu’on y trouve un peu des deux. Dès le départ, on entre dans une grande pièce avec de nombreuses installations. J’ai beaucoup aimé, entre autres, l’espace dédié à de hautes portes blanches. L’installation offre la possibilité de se promener au milieu de celles-ci comme si l’on se promenait entre des choix de vie avec hésitation. On aimerait en ouvrir une comme l’on se saisirait d’une opportunité du quotidien. La visite continue et elle se déroule comme un voyage dans les méandres de notre société, si j’ose le terme bien vague. On voyage au cœur d’une société en mal de paix, criblée de problèmes et de douleur, et pourtant la finalité semble évidente et sublime : la paix et la priorité à l’humain. On s’avance dans une pièce et l’on trouve une rangée de bocaux remplis d’eau et étiquetés d’un nom de célébrité. Comme quoi, nous ne sommes que peu de choses, nous ne sommes que de l’eau. Un peu plus loin, on se retrouve perdu au beau milieu de casques de soldats suspendus remplis de pièces de puzzle. Un peu après, Yoko Ono fera écho à la guerre en Irak à l’aide de vidéos. Un autre élément qui m’a marqué, pour n’en citer qu’un, est l’espace dédié aux violences subies par les femmes pour avoir été femmes. Ces dernières sont invitées à faire part de leurs témoignages concernant les violences subies, lesquels seront imprimés puis affichés sur les murs, accolés à une projection murale saisissante. En somme, Yoko Ono nous plonge dans un sombre univers marqué de violences à tel point que cela puisse devenir dérangeant. Mais elle n’a pas dit son dernier mot et avec toute la dextérité dont elle dispose, elle nous livre un doux message: celui de paix et d’amour.

expo1

De plus, Yoko Ono ne se suffit pas à exposer, elle invite le spectateur à prendre part à son œuvre. On peut tout autant grimper sur l’un des nombreux escabeaux pour prendre un peu de hauteur, que clouer une pièce entière des meubles aux murs, ou encore se rendre dans une pièce obscure dans laquelle toucher de sombres inconnus. J’aime l’idée que le spectateur puisse faire partie de l’exposition, puisse s’approprier certaines œuvres et participer. On s’invite alors à une petite partie d’échecs dans la première salle, ou encore l’on s’inscrit à un atelier le dimanche afin de recoller à l’aide de scotch de la vaisselle cassée comme si l’on réparait le monde.

expo2

On trouve bien évidemment beaucoup d’œuvres en lien avec John Lennon. Des vidéos, de la musique mais aussi des tristes échos à son assassinat prennent une place importante dans Lumière de l’aube. Et cela s’ajuste parfaitement à l’ensemble de ses œuvres puisque transparaît la puissance d’un message pacifiste à chaque fois. Il est indéniable que les événements qu’elle a vécu ont marqué sa créativité. Et j’adore le fait qu’elle laisse transpirer sa personnalité dans tout ce qu’elle fait.

Alors pour la novice de l’art contemporain que j’étais, je suis ravie d’avoir commencé avec l’exposition Lumière de l’aube que propose Yoko Ono. En sortant, on pense n’avoir pas compris cette mystérieuse personne et pourtant on a la sensation de la connaître. De plus, le message en est si fort, et la palette des œuvres de l’artiste si riche.

Je vous invite alors grandement à vous rendre au Musée d’Art contemporain de Lyon. Vous avez jusqu’au 10 juillet ! Toutes les informations ici.

Clara

Couvrez cette âme que je ne saurais voir

     Il y a quelques jours, un jeune homme me tend un tract dans les rues de Lyon. J’y lis brièvement un « Libérez Calais » orné de bleu, de blanc et de rouge, mais avant tout imbibé d’égoïsme et de repli sur soi. Je termine ma promenade le cœur un peu lourd, avec un mal fou à comprendre comment la haine pouvait à ce point mener au rejet de l’autre et à son expulsion. L’expulsion : c’est le mot.

     Il est certain que traiter du sujet des réfugiés me mène sur une route épineuse et porte probablement le risque de perdre quelques lecteurs. Mais il y a des jours où l’on ne peut plus se taire. Et je n’ai pas envie de me taire, je n’y arrive même plus (comme souvent d’ailleurs). J’ai hésité longuement, me sentant incapable de rendre dignement compte d’une telle situation. Puis j’ai compris que c’était indispensable. Il est nécessaire de dénoncer une situation de moins en moins soutenable.

photo article 2

Photo : « Hope for a New Life », Warren Richardson. 1er prix du concours World Press Photo.

     Les mois passent et le phénomène continue. On l’appelle « Crise des migrants » et en réalité, l’opinion publique range un peu ce qu’elle veut derrière ce grand nom qui fait froid dans le dos. Tout se mélange alors. Les médias nous assomment avec des photos coups de poing – il n’y a plus qu’elles pour faire réagir -, les amalgames vont bon train, les xénophobes se plaisent à cracher leur haine… On nous parle chômage, violence, insécurité… Les petits ménages craignent pour leurs vies bien rangées. Ils continueront pourtant d’aller se baigner dans la mer Méditerranée qui accueille dorénavant autant de cadavres que de touristes.

     Les mois passent et le phénomène s’amplifie. On nous abreuve des nouvelles du front, si j’ose la comparaison tristement adaptée. La Jungle de Calais est devenue champ de bataille. On multiplie les menaces d’expulsion, on arme le conflit. En somme, on annihile la vie. Et la justice frappe encore un grand coup. Ils ont finalement osé ! Ils ont décidé du démantèlement d’une partie de la Jungle, sans usage de la force, prétendant que ses habitants partiront d’eux-mêmes… Mais pour quoi de mieux ? Pour quelle suite ? Qu’est-il proposé ? Rien.

      Où est donc passé l’humanisme et l’esprit de partage dont la France se vantait tant ? Il faut croire qu’il faut être un bon français bien blanc pour avoir droit à un infime soutien. Vous me direz qu’il ne s’agit pas de la même chose. Et pourtant il ne s’agit que d’une différence de nationalité. L’humanisme n’a pas de couleur.

     Le gouvernement avait fait preuve d’une sacrée solidarité : de beaux containers ! Ah non… Ce sont des logements. Certains réfugiés s’y sentent bien, c’est certain, c’est mieux que leurs campements de fortune. C’est mieux que rien, n’est-ce pas ? Mais pendant combien de temps nous contenterons-nous de ce « mieux que rien » ? Les conditions de vie, comme rapportées, y sont terribles. On les enferme et on les enregistre comme du bétail. Je me demande où est passée la liberté. Quand pourront-ils enfin respirer après le long chemin pour quitter la misère ? Pendant combien de temps le gouvernement fera-t-il semblant de trouver des solutions ? Quand ces personnes auront-elles droit à une réelle considération en tant qu’humains ?

     Alors que cela fait trois jours que la justice a rejeté le recours des associations opposées à l’évacuation des réfugiés, je m’interroge plus que jamais sur l’humanisme de notre peuple et de ceux qui le gouvernent. Je me demande comment l’on peut prioriser un humain parmi d’autres. Quels sont les critères pour enfin être acceptable et accepté ? Pourquoi fermer les portes à une communauté qui n’a de cesse de vouloir s’intégrer ? Je pense également que tous les sceptiques quant à l’intégration des réfugiés n’imaginent pas à quel point le rejet, le mépris et la violence transforment un homme. Hobbes avait raison : « L’homme est un loup pour l’homme ». L’humain est son propre ennemi dans un monde prônant la réussite individuelle.

     Face à toutes ces horreurs et hypocrisies, il y a de belles initiatives qui subliment l’humain et mettent en avant l’âme de groupes et communautés si belles dont la richesse est ailleurs. Il y a ce sublime projet proposé par Meredith Hutchison. Cela s’appelle « Vision Not Victim ». Cette photographe interroge de jeunes réfugiées syriennes sur leur rêve. Sous forme de photographies, ces mêmes jeunes sont mises en scènes dans leur rêve : architecte, médecin, enseignante… C’est absolument touchant et sublime. Meredith Hutchison nous offre une magnifique perspective remplie d’espoir et de vie.

photo syrienne

Photo issue du projet « Vision Not Victim » de Meredith Hutchison.

     Espérant que la France et les pays d’Europe mettent en place le nécessaire pour offrir aux réfugiés la chance d’une nouvelle vie à travers une réelle insertion. On pense pourtant d’abord tristement à l’utopie. C’est pas gagné comme dirait l’autre. On se contente donc pour l’instant du nombrilisme fainéant du gouvernement mélangé à un nationalisme xénophobe surplombé d’Etat d’urgence. Vous m’excuserez, j’ai un peu la nausée.

Clara

L’amour 2.0 – Rencontre avec Rora Blue

     Nous sommes au lendemain d’une énième Saint-Valentin. Certains se réjouissent encore tandis que d’autres ont un peu la gueule de bois… En effet, entre célibat et difficulté d’oublier son ex, il n’est pas toujours facile de se sortir des méandres de l’amour.

     C’est ce à quoi s’est intéressée Rora Blue dans son très beau « Unsent Project ». Cette blogueuse californienne de 19 ans a lancé un appel afin que le plus grand nombre de personnes lui soumette ce qu’elles auraient souhaité écrire à leur premier amour puis la couleur que ce dernier leur évoque. Cela donne pour résultat de très belles compositions colorées avec des messages très doux bien que douloureux et remplis d’humour.

« D’une certaine façon, je vois le texto comme la lettre d’amour moderne. » – Rora Blue

     C’est en flânant sur Instagram que je suis tombée sur les posts de la jolie Rora Blue. J’ai immédiatement trouvé cela superbe. Elle nous offre un projet artistique fascinant, rempli d’émotions et de sentiments, qui reflète une réalité à laquelle nous avons, pour la majorité, déjà été confronté: le grand premier amour ! On se retrouve alors face à un raz de marée d’amour, qui fait du bien, et qui nous conforte dans l’idée que nous ne sommes pas seuls dans la souffrance et le manque. Le projet « Unsent Project » a rencontré un franc succès puisque de très nombreux messages ont été envoyés. Cela représente alors une belle alternative pour exprimer ses sentiments enfouis. On se soulage, on dit les non-dits et cela prend rapidement la forme d’un très beau patchwork. Rora, dans sa superbe créativité, parvient à sublimer la douleur, la nostalgie et ce qui ressort au final: c’est la puissance de l’amour. C’est une belle réponse à tous les sceptiques de l’amour et les timides de la déclaration. En feuilletant son Tumblr, on se prend rapidement à rêver d’amour, puis à tout ce qu’on aurait aimé dire à notre bien-aimé(e).

Rora blue collage favori

Collage par Rora Blue sur son compte Instagram : @rorablue

rora blue lockcode

Source: Instagram : @rorablue

  Finalement, ce projet pousse la réflexion un peu plus loin et interroge le romantisme actuel. Qu’en est-il de ce dernier dans une époque où Tinder règne en maître ?  Existe-t-il encore ? Quelles tournures ont pris les liaisons amoureuses aujourd’hui ?

     Pour en savoir un peu plus, je suis donc allée poser quelques questions à la charmante et agréable Rora Blue :

Clara : Salut Rora ! Tout d’abord, peux-tu te présenter rapidement ?

portrait rora blue

Source: Instagram: @rorablue

Rora : Salut, je m’appelle Rora Blue et je suis une artiste et blogueuse de 19 ans. Je vis en Californie. Je vais au lycée [correspond à une école de deux ans après le lycée (secondaire) en France] pour bientôt aller à l’Université. Je passe le plus clair de mon temps à faire des choses créatives, que ce soit de l’art, de la musique, de la mode, de l’écriture, etc. J’essaye vraiment de faire en sorte que chaque jour compte et d’apprécier les petites choses de la vie.

Clara : Qu’est-ce qui était à la base de ton projet ? Qu’est-ce qui t’as fait pensé à ton projet « Unsent Project » ?

Rora : « Unsent Project » est une collection de textos aux premiers amours. Je permet aux gens de soumettre ces textos sur mon blog. Et je leur demande à quelle couleur ils pensent quand ils pensent à leur premier amour. Je transforme ces textos et idées en collages colorés et aussi en autocollants. L’idée principale du projet était de se connecter aux autres. J’étais aussi intéressée par le fait de découvrir dans quelle couleur les gens voyaient l’amour.

Clara : Y a-t-il un projet ou un artiste qui t’inspire ? Quelle serait ta référence ?

Rora : Je suis très inspirée par le projet « Post Secret » de Frank Warren [Frank Warren propose aux gens de lui envoyer des cartes postales avec leur secret personnel. Il les poste ensuite anonymement sur son blog.] mais aussi par le mur « Before I Die » de Candy Chang [Candy Chang a peint les murs d’une maison abandonnée avec de la peinture-ardoise afin que les personnes puissent venir écrire ce qu’ils souhaitent vivre ou faire avant de mourir.]. J’aime le fait qu’ils interagissent avec beaucoup de gens et permettent au public de faire partie du processus artistique.

Clara : Que penses-tu de notre conception actuelle du romantisme ? Penses-tu que « Unsent Project » pourrait en être le reflet ?

Rora : Définitivement, je pense que l’idée de romantisme évolue. D’une certaine façon, je vois le texto comme la lettre d’amour moderne. Je pense tout à fait que « Unsent Project » est un reflet du romantisme actuel.

Clara: Enfin, y a-t-il un message que tu veux propager ?

Rora: Il y a tant de messages que j’aimerai passer. En fin de compte, je souhaite propager le positivité et encourager les autres à créer.

      Je remercie Rora pour m’avoir accordé de son temps et avoir répondu si pertinemment à mes questions.

      Ce projet offre donc la possibilité à qui le veut d’exprimer son amour non-dit mais offre aussi au spectateur une grande bouffée d’humanisme. Il se retrouve au cœur d’une intimité, entre messages d’amour et de manque, que Rora embellit avec de jolis tons. Vous pouvez par ailleurs vous procurez ses créations sur ce site. Il ne peut être plus simple et commun que le sentiment amoureux et je crois que c’est cela qui rend ce projet si intriguant et agréable à contempler. C’est libérateur, doux et beau et ça nous fait du bien !

                                                                                                                                                                Clara

Premiers pas

Bonjour et bienvenue dans mon univers !

Me voilà au commencement d’une aventure qui me tient à cœur depuis longtemps. Aventure que j’aimerai partager avec les plus nombreux d’entre vous qui j’espère prendront plaisir à me lire.

Tout naît d’une passion, la seule qui me suit depuis toujours : l’écriture. Ainsi, à l’ère du numérique, il me fallait passer par l’étape incontournable du blog. Il me fallait écrire afin d’exprimer mon amour pour les mots et le langage. Mais plus encore, il y a en moi cette envie de réagir, de donner mon avis.

Je m’appelle Clara. Je suis une jeune lyonnaise, étudiante en science politique. Je suis également sportive et passionnée de voyages. C’est sans prétention aucune que je vous livrerai ma vision du monde au détour de coups de cœur ou encore de coups de gueule, de critiques mais aussi de découvertes mais avant tout avec immense curiosité. Je ne me fixe pour l’instant pas de ligne éditoriale et c’est peut-être ici que réside l’écueil de mon blog. Actualités, culture, société et découvertes feront office d’axes essentiels à mes recherches et écrits. Tout cela avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision, et sans langue de bois !

Bonne visite !

Clara